ARTE Radio : We are Porn Native

Crédits photos : Stephan Brusche
Crédits photos : Stephan Brusche

Manifeste d’une génération élevée au porn sur ARTE Radio


Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous annoncer « Dans ton tube », mon premier reportage pour ARTE Radio ! Vous pouvez l’écouter en streaming et le télécharger juste ici. Dans ces deux interviews croisées, je fais état d’une réalité qui est celle de notre génération : nous sommes la première génération qui a grandi dans univers fait de porn.

Nous sommes nées de parents qui se sont peut-être rencontrés en allant voir Emmanuelle. Ces mêmes parents nous ont bercé au son de Brassens, célèbre pornographe du phonographe. Plus tard, ils nous diront que le must du must c’est Venus In Furs du Velvet Underground et qu’on ne connaîtrait jamais la première édition de Sticky Fingers, album des Rolling Stones et sa pochette avec la fermeture éclaire.

 

Mais enfin Kermit, qu’est ce que tu fais ?!?
Enfant, on chantait Lolita sans avoir lu Nabokov ou alors on dansait sur Alice ça glisse de Franky Vincent. On pensait qu’il parlait du roman de Lewys Carol. Pré-ados, ces jeunes filles apprennent l’anglais sur I did it again d’un Britney Spears. Les garçons eux, se forgent parfois malgré eux un univers d’égotrip hétéronormé avec Doggy Style de Snoop Doggy Dog.

Et puis un jour, on tombe sur un FHM, un catalogue des 3 Suisses, une bande dessinée de Manara ou un vieux SAS qui traîne dans la bibliothèque de famille. Si ce n’est pas ça, c’est une veillé nocturne devant la télé sur Canal, M6 ou  sur l’historique de l’ordinateur familial.

On sent alors  un frisson. Un interdit doux et agréable, transgressé volontairement ou non. Et puis on se pose des questions. Alors on tape dans Google, juste histoire de voir ce que ça donne. Et le mieux c’est que Difool nous donne chaque soir de nouveaux mots bizarres à chercher.

On croyait tout savoir alors qu’on ne savait rien.

« Salo ou les 120 jours de Sodome ? J’adore cette comédie-romantique ! »

Au collège et au lycée, on s’échange nos anecdotes, nos légendes urbaines, nos trucs et astuces glanés ici ou là. Mieux, quand le portable est arrivé, on pouvait s’échanger des photos et un peu plus tard des vidéos. La définition était pourrie et les trucs étaient assez crades (vidéos zoophiles, scatos, ce genre de choses) Heureusement, Internet avait bien plus que ça à nous offrir.

Depuis ce moment-là, on s’est créé un univers de sons et d’images. Un monde à nous, qu’on a soigneusement séparé du réel. Il y a Internet et il y a l’IRL. On a découvert la sexualité. On a eu nos premières fois avec son mélange de doute et d’excitation. Ce moment, agréable ou non, de faire la part des choses entre l’imagerie, le fantasme et le réel.

Après le porno chic d’Helmut Newton. Après l’esthétique white trash d’un Larry Clark. Après les années blondes bronzées à forte poitrine héritées de Pamela Anderson. Après la minceur troublante d’une Kate Moss photographiée par Terry Richardson. Après toute cette culture dans laquelle on baigne depuis tout petit, nous voici, à l’âge de rentrer dans la vie active. À nous maintenant de traduire part l’action le fruit de l’éducation des post-soixante-huitards. Préparez-vous messieurs dames qui flippez à longueur d’éditos et de dossiers dans les magazines ! La relève est déjà en route.

We are young. We are wired.
We are not digital native, we are Porn Native !

H.B

Un grand merci à l’équipe d’ARTE Radio et à ceux qui font déjà tourner le son (ici  ou ici par exemple)
Photo de couv’ : Stephan Brusche