Les coulisses de NDDL Newsgame

Comment est né NDDL Newsgame ? La réponse ici même.

A mes côtés : Bastien et Thomas
A mes côtés : Bastien et Thomas

Lorsqu’on voit des petits jeunes attaquer un tel sujet, on a tendance à voir une approche militante. Déguisée sous une couche de pseudo-neutralité, mais tout de même. On en est même fatigué de voir de tels projets émerger. Le journalisme engagé est nécessaire, mais tout le monde n’a pas le talent d’un Pierre Carles. C’est ce que je ressentais la première fois que Bastien (Kesspern, game-designer) m’a parlé d’un newsgame sur Notre-Dame-Des-Landes. Dans mes souvenirs, Thomas (Lacroix, développeur) pensait à peu près la même chose lorsqu’il a rejoint l’équipe.

Un retour à la base.

Voyant notre méconnaissance de l’affaire, nous avons tous les trois décidé de reprendre les choses à zéro et tenter de comprendre les arguments de chaque camp. Nous n’avons jamais prétendu s’engager dans un camp ou dans un autre. Des Ailes pour l’ouest, ADECA, AGO, ACIPA, anonymes bien informés… Nous sommes allés interroger toutes les personnes acceptant de répondre à nos questions.

Mais avec l’équipe, on voyait très vite le risque de se perdre dans un tel sujet. C’est pourquoi nous avons décidé d’écarter les arguments à caractère idéologique. Nous sommes restés très factuel sur ce point. Un choix certes critiquable mais nécessaire pour ne pas s’écarter du sujet. Très souvent, il fallut rappeler qu’on était ni pro ni anti et que seul le débat de l’aéroport nous intéresse.

Doute et vérification

Le but du newsgame est de faire connaître le contexte et les argumentaires déployés. Avec cette approche, l’internaute pourra enfin se faire une opinion sur le fait d’actualité en lui-même : qui fait quoi, qu’est ce qu’il dit, pourquoi… Au fond, le jeu est un outil de compréhension. Il éveillera un esprit critique sur le sujet. On peut facilement imaginer que le plus intéressant se passera dans les débats après le jeu.

Dans mon travail, notamment lors de mes entretiens, j’ai pris soin de contrebalancer chaque argument qui m’a été donné. On sait qu’on nous attend au tournant. Que n’importe quel choix sera critiqué. Même un  »non-choix » pourrait nous être reproché. Il fallait donc se blinder sur chaque élément avancé. Vérifier, revérifier, quitte à retirer tout contenu sur lequel on aurait un doute. Au bout d’un moment, à la moindre donnée je sortais un « où sont les preuves » systématique qui pouvait parfois rebuter. Je doutais tellement de tout que ça me rendait malade. Je n’en dormais pas la nuit. J’étais particulièrement irritable avec mes proches. Je m’enfermais des jours entiers à lire et relire pour avoir la certitude que tel ou tel argument est valable.

C’est mon premier projet, ma première enquête. Il sera sûrement imparfait. Je termine une formation journalistique mais jamais je n’avais gouté à l’investigation. Je me suis donc formé sur le tard. Alors forcément, beaucoup nous demandent notre opinion sur le projet d’aéroport. Pour ma part, j’en ai absolument aucune idée. Je reconnaîs la légitimité d’arguments pro et anti aéroport. Je remarque aussi des entourloupes d’une finesse rare de chaque côté. Je suis paumé là dedans et ça tombe bien parce qu’on a fait le choix de ne pas choisir. Le jeu n’a pas vocation à convaincre d’aller dans tel ou tel camp.

Certains voient une prise de position dans notre communication sur les réseaux sociaux. J’ai beaucoup de mal à comprendre. Paradoxalement, je pense qu’il faudrait qu’on ait la tête à autre chose pour avoir une opinion.

Rendez-vous dans quelques mois donc.

Crédit photo : Marie Leclercq